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Dans le short d’un MNS pendant 24h

Dans le short d’un MNS pendant 24h

Ou « La (vraie) journée type d’un maître-nageur sauveteur »

 

Le métier de maître-nageur sauveteur souffre aujourd’hui de nombreux préjugés : salaires trop bas, journées trop longues, manque de reconnaissance… Et pourtant, c’est un métier de passion qui fait encore rêver de nombreux jeunes et professionnels en quête de reconversion. Alors pourquoi certains considèrent qu’être MNS est un privilège, tandis que d’autres se plaignent de conditions de travail difficiles ? Il semblerait que le débat autour du métier de MNS soit sans fin, chacun s’étant forgé une opinion (bien tranchée) à partir de ses propres expériences professionnelles.

Pour tenter de mieux comprendre, nous avons rencontré Lucie. A 33 ans, elle a aujourd’hui une certaine expérience dans le métier de MNS qu’elle exerce depuis presque 8 ans. Après avoir longtemps concilié travail et vie de famille, elle choisit de devenir indépendante et crée sa micro-entreprise l’an dernier, au sein de laquelle nous l’avons suivi sur toute une journée de travail.

Voici donc la (vraie) journée type d’un MNS.

7h : Le réveil

« Je me demande toujours si je vais être à la hauteur. »

 

Le réveil sonne. Après un bon petit déjeuner, Lucie enfile directement son maillot de bain, « C’est la tenue dans laquelle je me sens la plus à l’aise ». Rien d’étonnant pour cette passionnée de natation. Si le temps le lui permet, elle court parfois et nage dès qu’elle le peut.

Après une petite vérification de son « nécessaire de travail », elle commence déjà à préparer sa journée : « Je regarde si j’ai des messages de parents me prévenant de l’absence de leur enfant à mes cours ». Une organisation plus qu’essentielle lorsque l’on est travailleur indépendant.

Cette préparation matinale est autant matérielle que mentale : « Je me demande toujours si je vais être à la hauteur des attentes des parents et des enfants, si les cours vont bien s’enchaîner ou si cela va être laborieux, car cela arrive parfois ! ». Lorsque nous lui demandons de quoi elle a le plus hâte, elle nous répond, un brin ironique : « Prendre la température. Et je ne parle pas de l’eau ! ».

 

8h : La journée commence

« Le meilleur moment est celui de l’éveil des nourrissons. »

 

 

Pour Lucie, la journée commence avec un cours de natation pour les nourrissons de 3 à 12 mois, également appelé « Les bébés nageurs », au sein d’un cabinet de kinésithérapeute dont elle loue le bassin. C’est le cours qu’elle préfère.

Ayant choisi de se spécialiser dans l’enseignement de la natation aux enfants, ses élèves ont entre 3 mois et 8 ans. Elle admet que certains cours sont plus difficiles que d’autres « Le pire est celui du milieu de matinée avec les 4-5 ans qui ne sont pas très concentrés ».

Après avoir ouvert les multiples portes qui la sépare de la piscine, elle déverrouille l’alarme, enlève la bâche à bulles et se jette sur l’enceinte pour lancer la musique. Travaillant seule, Lucie doit également assurer toute la mise en place pour le bon déroulé de ses cours. Cela lui offre une grande autonomie qui semble lui plaire.

Nous lui demandons si elle apprécie ces débuts de matinée : « Cela se passe extrêmement bien car j’ai la chance d’être tombée sur des gens géniaux ! » nous dit-elle au sujet de ses élèves.

La musique démarre, Lucie termine l’installation de son matériel, les cours s’enchaînent.

 

13h : Fin de journée

 

Et oui, l’un des gros avantages lorsque l’on est auto-entrepreneur, c’est avant tout de pouvoir choisir son emploi du temps. Lucie, quant à elle, préfère travailler en demi-journée afin de profiter de son après-midi.

C’est donc à 13h qu’elle termine, après une matinée bien chargée.

 

15h : Le bilan

« Bousculez les vieux codes...
car il n’y a que comme ça que vous changerez les choses et inventerez votre propre  vision de ce métier »

 

Une fois rentrée à la maison et après une bonne douche et une pause déjeuner bien méritée, nous lui proposons de prendre du recul sur sa journée, atour d’un café.

Nous : « Alors, quel est le niveau de fatigue ? »

Lucie : « Très intense, après quasi 5 h dans une eau à 35 degrés avec parfois des enfants aquaphobes qui se cramponnent à vous comme si leur vie en dépendait. »

 

Nous : « Quelle prestation préférez-vous faire ? »

Lucie : « Les bébés nageurs, car on est dans la continuité de la naissance et les débuts dans l’eau. »

 

Nous : « Et celle que vous aimez le moins ? »

Lucie : « Je n’aime pas trop donner les cours d’aquagym car ils sont répétitifs et que je ne me sens pas vraiment utile comme je le suis dans mes cours de Bébés nageurs...»

 

Nous : Diriez-vous que vous aimez la relation avec les usagers des piscines ?

Lucie : « Oui, mais cela dépend toujours du type d’usagers auquel on est confronté. Ce qui est réellement intéressant, c’est d’aider les parents à s’affranchir des barrières qu’ils ont, les craintes qu’ils se mettent et mettent à leurs enfants. »

 

Nous : « Le moment de la journée qui vous apporte le plus de satisfaction ? »

Lucie :  « Celui où je sens que je suis utile et que j’ai apporté du bon aux parents ou à l’enfant, celui où je sens que le parent et l’enfant se sont affranchis de leurs peurs pour avancer. »

 

Nous : « Et le pire moment, celui où vous doutez ? »

Lucie :  « Le pire est ce moment où j’ai l’impression d’avoir échoué face à une demande plus spécifique d’un parent ayant un enfant avec un handicap par exemple… cela m’est arrivé il y a peu. Celui où je n’ai pas eu assez de temps avec un enfant pendant la séance pour qu’il se lâche et dépasse ses craintes. Celui où j’ai dit à un enfant quelque chose qui l’a blessé et qu’il se décourage aussitôt. »

 

Nous : « Finalement, après votre journée de travail, vous vous dites que vous aimez votre métier ? »

Lucie : Bien sûr, j’adore mon métier ! Parce qu’il est varié, tant dans sa pluridisciplinarité que dans les tranches d’âges auxquelles il est confronté. Les MNS peuvent se réinventer s’ils le souhaitent : aquagym, bébés nageurs, enseignement des nages codifiées, sauvetage, etc.

 

Nous : Si vous deviez citer LA raison pour laquelle vous-êtes MNS ?

Lucie :  «  L’aide que l’on amène aux gens... il faut bien prendre conscience (sans aucune prétention) que si la natation est devenue une matière obligatoire à l’école (alors que c’est un sport), c’est uniquement parce-que la natation est l’un des seuls sports où l’on peut mourir si l’on en possède pas les bases. »

 

Nous : « Avez-vous l’intention d’exercer ce métier toute votre vie ? »

Lucie : «  Je ne pense pas globalement que l’on puisse exercer le même métier toute sa vie. »

 

Nous : « Que pensez-vous des grands débats houleux autour du métier de MNS ? »

Lucie : Pour moi, les aspects négatifs de ce métier sont malheureusement les mêmes que dans les autres métiers :  les problèmes dans les équipes, le relationnel avec les chefs de bassin... des histoires d’égo et de façon d’aborder le métier. Les « vieux de la vieille », les BEESAN qui dénigrent trop souvent les BP : de vieilles guéguerres !

 

Nous : « Et vous, quelle est votre position ? »

Lucie :  « J’entends toujours des MNS se plaindre de n’exercer qu’à 20% leur métier de prof’ de natation contre 80% de surveillance. Il y a aussi ceux qui se plaignent de réaliser trop de cours d’aquagym, en protestant qu’ils ne sont pas des profs de salles de sport… En fait, pour moi, cela dépend juste de la vision que chacun a du métier de MNS et des moyens que l’on met en œuvre pour accéder à sa propre vision de la profession. Pour ma part, ayant passé beaucoup de saisons en tant que BNSSA, j’ai voulu évoluer car j’avais envie « d’apprendre à apprendre » la natation et j’ai bien compris lors de mes stages que le contexte classique « MNS de piscine municipale » ne m’irait pas du tout… même si j’ai conscience qu’il faut de tout pour faire une profession et que l’aspect surveillance est plus que nécessaire. Cela reste à mon sens une question cruciale dans notre métier, surtout à l’heure actuelle !»

 

Nous : « Un message à faire passer aux futurs MNS ?

Lucie : « Bousculez les vieux codes... car il n’y a que comme ça que vous changerez les choses et inventerez votre propre vision de ce métier car il est magnifique et qu’il apporte énormément à la société. »